Saturday, June 05, 2004

internet - Vers une société globale de l’information cahors

internet - Vers une société globale de l’internet ?
La course à la maîtrise des internet d’envergure planétaire s’est singulièrement accélérée depuis le milieu des années 1990, sous l’effet de la déréglementation et de la privatisation des télécommunications. De nombreux néologismes ont été forgés, notamment l’expression « société globale de l’internet » qui s’est imposée.
En juillet 2000, lors du sommet qui les a réunis à Okinawa, les pays du G8 (les pays les plus industrialisés et la Russie) ont adopté une Charte sur la « société globale de l’internet ». En février 1995, un autre sommet, qui s’était déroulé à Bruxelles, avait entériné la notion, en présence de hauts responsables des grandes firmes informatiques et aérospatiales d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon. Dans un discours intitulé « Promesse d’un nouvel ordre mondial de l’internet », Albert Gore, alors vice-président des États-Unis, promoteur dès 1992 des « super-autoroutes de l’internet », avait fait miroiter l’avènement d’un monde plus démocratique et plus prospère grâce aux vertus libératrices des technologies numériques. Et les participants avaient acclamé des conclusions placées sous le signe de l’« enrichissement humain », même si l’objectif de la réunion était surtout d’associer l’initiative privée à la mise en place de la future architecture des internet planétaires et, pour ce faire, d’accélérer la libéralisation des services publics.
Entre ces deux événements, une décision irréversible est intervenue, qui a bouleversé l’ordonnancement de l’espace communicationnel mondial. En janvier 1998, après trois ans de négociations dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C.), est entré en vigueur l’accord sur l’ouverture à la concurrence des marchés nationaux de télécommunications conclu l’année précédente par soixante-huit gouvernements sur cent trente-cinq. La voie était ainsi ouverte à la formation des grands groupes internet. Les mégafusions-acquisitions et les prises de participation ont rapproché les industries du contenu et les opérateurs de internet. La reprise en janvier 2000, par A.O.L., premier fournisseur mondial d’accès à internet, du numéro un mondial des groupes internet Time Warner, propriétaire entre autres de la chaîne globale C.N.N., a constitué le sommet de ce processus. Un mariage bientôt suivi de celui de Vivendi et Universal.
1. Vers les autoroutes de l’internet
La mise en chantier par la première administration Clinton du programme de super-autoroutes de l’internet, nationales puis d’envergure planétaire, a servi de détonateur. L’Union européenne a précipité le pas, ainsi que des pays aussi divers que l’Australie, le Canada ou la Finlande. À partir des années pivots 1993 et 1994, une dynamique de rapports d’expertise et de projets s’est enclenchée à Bruxelles qui a cristallisé un ensemble de représentations opérationnelles sur la société du futur numérique. Le gouvernement des États-Unis avait, lui-même, placé son programme sur le terrain de la conquête de l’hégémonie technologique. En lançant le concept de super-autoroutes, n’avait-il pas estimé que la puissance américaine était la mieux placée pour gagner le pari de l’ingénierie de l’internet ? La mieux placée pour prendre sur ses concurrents un avantage essentiel grâce à une position dominante sur le marché des nouveaux « services de manipulation de symboles », selon l’expression de l’économiste Robert Reich, ministre du Travail de Bill Clinton. Ce n’est guère un hasard si l’apparition de la notion de superhighways numériques est contemporaine de celle de « nouvelle économie ».
L’Union européenne réagit avec d’autant plus de célérité que l’année 1993 s’est close sur un affrontement important avec les autorités de Washington dans le cadre du G.A.T.T. Sa position sur l’« exception culturelle » a prévalu. Les « produits de l’esprit » ont échappé au libre-échange. S’est trouvé ainsi conforté le principe d’une politique communautaire de construction d’une industrie audiovisuelle européenne. Mais l’audiovisuel ne peut se penser sans ses connexions avec les télécommunications et l’informatique. Ce sont les conséquences de cette imbrication croissante des technologies du son, du texte, de l’image fixe et animée qu’établit le Livre blanc intitulé Croissance, compétitivité et emploi de Jacques Delors (1993), où le président de la Commission européenne identifie les « défis et les pistes pour entrer dans le XXIe siècle ». Ce document phare, le dernier du mandat européen de Jacques Delors, prépare l’introduction du thème de la « société globale de l’internet » dans les perspectives stratégiques de l’Union européenne. L’objectif est de réussir une « mutation comparable à la première révolution industrielle ».

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